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  Hamid Kechad tire sa révérence

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L'HOMME AU COUFFIN

Je le vois encore avec son bleu changaï et sa koffa a la main, son chéche et ses sandales , descendant la rue Zabana (ex hoche) pour se dirigé aux studios de la chaîne 3.

Dés qu'il arrivait de loin on commençait a faire du smir, haha ha, je savais qu'il allait me lâcher une bombe et j'étais prêt a lui rendre éssarf. C'était tout le temps comme ça avec Hamid Kechad. La bonne humeur.

Grâce a lui la radio a fait découvrir un tas de personnages, il a fait un travail dingue pour la musique algérienne du moderne au chaâbi en passant par l'ethno ( Contact, Gal ou Gal,Kima fel b’har idir el aouam...). Il était partis au fin fond du sahara pour enregistrer des musiques inconnues au delà des zones désertiques. C'était un grand découvreur. Lorsqu'il faisait ses interviews a ses début dans contact, des fois c'était a tomber de rire tellement il avait de la finesse. Hamid c'était notre pote a la radio. C'était UN GRAND.

Et puisqu'il est de Koléa je peux dire aujourd'hui avec sa disparition

OUI TAHAT KOLEA YA RAB !
Allah yerahmak ya Hamid et toutes nos condoléances a ta famille.


Ton pote Aziz Smati

Post-scriptum: Hé, Hamid tu te rappelle de celle là: "Une minute avant sa mort, il était encore vivant!"

Hamid Kechad est décédé le 3 janvier 2008, il avait 53 ans.

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Artoufet Hamid !

Et là, encore une fois, bien plus fort que moi, le souvenir des moments heureux mais aussi des jours sombres qui ont tant endeuillé notre pays. Il y avait heureusement ton impertinence joyeuse et, comme toujours, les mots pour rire du mauvais sort.

Les moments les plus durs, les plus insoutenables, les lendemains de massacre dans cette Mitidja que nous avons tant aimé, tu t’accrochais au devoir de témoigner. Porter seul sa peine devant l’horreur, faire son papier et avancer. A Boumedfaâ, Aïn Dem, à la libération de Larbaâ des crocs du GIA, en remontant l’Oued El Harrach jusqu’à Tabainet, où cette nuit là justement, tu t’étais retrouvé, une arme à la main, à la tête des villageois pour repousser plusieurs attaques terroristes. Cela avait duré toute la nuit et au petit matin, tu étais au café à rire aux larmes de ta peur et de ta conquête du courage. Tu étais heureux, comme ces villageois qui avaient pris la première fois les armes, d’avoir surmonter l’épreuve. Depuis, les terroristes ne sont plus revenus. Oui Hamid, oui, le malheur n’est pas une fatalité. Bien plus tard, à Haouch Grau, autour d’un feu et avec, le souvenir des amis morts au combat, tu riais encore de toi-même, jamais des autres et dans la délectation partagée de ton intarissable don de conteur tu étais griot décalé, médecin de l’âme, marginal impertinent, fou et sage à la fois. Contre la bêtise et la barbarie tu n’a eu pour unique secours que ta profonde et incorrigible humanité. Homme humble qui aimait les humbles et les petites gens, totalement installé dans le parti pris des faibles et des démunis, tu étais de tous les engagements pour la justice et la liberté. Dans les années 70 contre les intégristes qui voulaient déjà imposer leur hégémonie totalitaire, contre le parti et la pensée unique, étudiant volontaire, militant communiste dans le défunt PAGS, tu avais fais tes classes à l’école de la clandestinité rude et âpre et conforté une âme généreuse, pas l’âme d’un soldat. Anarcho-syndicaliste sur les bords, franc- tireur, nourri à l’utopie humaniste, universaliste et viscéralement attaché aux racines et aux sèves de la culture populaire maghrébine. Le look vieil Alger et enfant de Douaouda, fier descendant de la tribu des Béni Slimane sur les hauteurs de Tablat et de cœur, aussi vaste que fragile, targui des monts de l’Atakor, musicien des Kel Iherir ou même poète caravanier, digne fils de Kenadsa, remontant la Saoura jusqu’au Tafilalet. Heureux dans les cafés de Bel Abbés ou de Constantine, partout où tu étais, sur la route du raï ou du Tindi, de l’Ahellil ou du Chellali, tu as fais découvrir à des générations d’algériens des chants millénaire qu’ils n’avaient jamais entendus jusque là. Enfant d’Alger, tu avais une place à part pour le chaâbi, sans ornières, comme nous l’avait appris Bachir Hadj Ali. Tu as aimé la musique, comblé, dans une Algérie véritable continent musical. Diabétique dépendant depuis près de trente ans, tu as mené un combat de tous les jours, pour dompter la maladie sans jamais l’accepter, ni te plaindre même aux pires moments de ton corps terrassé par la douleur. Stoïque, d’un courage exemplaire, tu avais le sourire intérieur pour rassurer les amis comme Alloula qui disait, quand son ulcère le tenaillait : « C’est mon petit chien qui a faim. » Passé la crise, tu reprenais ton travail sans rechigner à l’effort, reporter consciencieux, tu as fais, toi aussi, ta part des belles pages de la presse algérienne.Tu vois Hamid ce soir j’ai le blues et j’ai le chant triste comme dans une qacida d’El Anka ou un gharami d’Amar Zahi, comme eux, poète de ta vie jusqu’à l’ultime instant où ton corps t’as quitté. J’ai le blues et m’interroge comment et pourquoi, dans la force de l’âge et la plénitude de tes moyens, il t’a fallut une aussi grande peine pour pouvoir travailler, écrire et témoigner des pulsions qui ont fait, à chaque fois résister ce pays. Tu as aimé ce pays comme tu l’entendais, fidèle au vœu et à la prière de Khalil Djibran qui disait : « Je ne demande pas à mon pays de me donner, mais de prendre ce que je lui donne. » Et tu as tout donné. Que Dieu t’accueille en Son Vaste Sahara, el afia, pars en paix, vieux frère, car, maintenant que tu habite l’esprit, rappelles nous, si nous nous assoupissons, qu’il n’y a pas de paix sans la liberté.

Abdelkrim Djilali

 

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Ma chère Kheira   

Je ne te connais pas

j’ai connu ton mari la musique, la bière, le diabète et son couffin, on n’avait pas la même musique mais elle étaient ensemble au même moment  j’aimais le rock et la nouvelles scène algérienne et je n avais pas le diabète.

Et lui, il ramenait des enregistrements châabi de l’école de de Koléa mais il vibrait  au sons de Led zeppelin. On vibrait au son châabi d’el Kolea.

Le diabète étais déjà là. Le couffin était plein. Mais bon…

La dernière fois que je l’ai vu c’était à la radio, j’étais à Alger pour notre bouquin (alger nooormal) il m’invite pour en parler et il est le seul de la radio d y’avoir pensé.

Dans l’ascenseur….la réalisatrice de l’émission de Hamid me dit « tu sais….on n’a pas l’autorisation de t’inviter, le PAD (Prêt A diffuser) n’est pas signé »

On a fait l’émission sans autorisation.

J’ai adoré ce moment que nous nous sommes autorisé.

Hamid était indépendant, il n’aimé pas les autorisations.

Ne t’inquiètes pas Kheira même là bas il n’as pas besoin d’autorisation.

Il a trouver son couffin.

Il sait nager comme...

Mohamed Ali Allalou

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Le journaliste et animateur de radio Hamid Kechad s’est éteint

La presse perd un professionnel et un homme de cœur

Hamid Kechad est parti par un triste jeudi matin, emporté par un accident cardio-vasculaire foudroyant. L’animateur radio, qui était aussi un journaliste très actif, a été enterré en fin d’après-midi, le jour même de son décès à Koléa (40 km à l’ouest d’Alger) en présence d’une foule nombreuse venue de la capitale, de Boufarik et de Blida.

Kechad qui aurait eu 53 ans le 2 février 2008, est certainement décédé des suites d’une longue lutte contre un diabète qui a fini par provoquer de méchantes complications cardiaques. Il a été victime en décembre 2003 d’un infarctus qui l’avait contraint à une douloureuse hospitalisation à l’hôpital Mustapha Bacha. N’ayant pu bénéficier d’une prise en charge pour des soins à l’étranger malgré ses multiples démarches, y compris auprès du ministère de la Santé, Hamid s’est finalement tourné vers sa famille qui l’a aidé comme elle a pu, il s’est lourdement endetté pour arriver à réunir le financement de son opération en France, la pose de dilatateurs « des strents » dans ses veines et ses artères afin de faciliter la circulation du sang. Beaucoup de temps a passé depuis la première attaque, car la dernière opération a eu lieu durant le printemps 2006. Un peu tard pourrait-on dire ! Les médecins français n’ont pu ainsi prolonger sa vie que d’un peu plus d’une année. Vendredi 27 décembre, nouvelle attaque à 3h du matin. Hamid ne se réveille pas et part pour un long voyage sans retour, une semaine après. Malgré les contraintes imposées par son diabète, Hamid Kechad est resté un véritable professionnel de l’animation radio et un journaliste aussi volontaire, mobile et tenace. Il a animé pour le compte de la Chaîne III l’émission « Réverbères » avec entre autres, les célèbres Aziz Smati et Mohamed Allalou. Homme de principes et de positions, Hamid s’était fait éjecter de cette chaîne au début des années 1980, parce qu’il s’était engagé comme animateur d’une pétition de soutien aux Palestiniens suite aux massacres de Sabra et Chatila. A l’époque du fameux article 120-121 qui régissait l’activité du Parti unique, les autorités ne toléraient pas les actions, même celles de simple solidarité, qui n’était pas initiées par le FLN et ses organisations satellites. C’est avec « Guel ou Guel », toujours à la Chaîne III, ensuite pour le compte de la chaîne I, qu’il co-animera dans les années 1990, avec Saléha Larab, qu’il va se faire connaître du grand public. L’émission avait un esprit imagé par des propos tirés d’un poème de Bachir Hadj Ali « Bech doum essaâ ou ma ymoutch laksid » qui veut dire « Que la joie demeure et que le chant ne meurt pas. » L’émission, enrichie par de solides reportages où Hamid et Saléha enregistraient les musiques du terroir et les propos des anonymes qui les pratiquaient, prit une place de choix chez les mélomanes auditeurs de la Chaîne III et un peu plus tard de ceux de la Chaîne I. Les deux complices n’hésitaient pas à parcourir l’Algérie profonde, parfois ils parcouraient les immenses contrées désertiques pour ramener de nouvelles découvertes et révéler des talents jusque-là inconnus. C’est certainement de ces expéditions que Hamid s’habitua au chech targui et aux grosses godasses tellement pratiques, l’un contre les rayons du soleil, les autres pour les parcours difficiles. L’homme au chech targui est un rebelle. Il écrivit un article critique sur la gestion de la Chaîne III, il s’en fera éjecter une deuxième fois, avec en prime un procès pour diffamation intenté à l’époque par les gestionnaires de ce média. Il reviendra encore et toujours à la radio Chaîne III, où successivement il animera avec Safia Ouared, les émissions « N’dir kima ydir fa el bahr el aaouam », « Je ferai comme fait en mer le nageur », « Errances » et enfin « Salsa de martes ». Journaliste, Hamid Kechad a collaboré, parfois en free lance, avec nombre de journaux (L’Unité, Algérie actualités, El Watan, El Youm) et particulièrement avec Alger républicain, pour informer et vulgariser son thème le plus cher : la musique. Mais il s’est également intéressé aux sujets politiques et surtout sociaux qui touchaient les petites gens. Kechad est l’auteur avec Saléha Larab d’un livre Bouteflika-Madani Concorde civile, la paix des cimetières, publié par les éditions du quotidien Le Matin. Il s’est ensuite attelé à un autre ouvrage basé sur ce qu’il avait lui-même vu dans l’enfer terroriste de la Mitidja et des témoignages de la population victime de l’hystérie sanguinaire islamiste. Il avait également entamé la réalisation d’un documentaire sur le plus célèbre des Cherchellois, Mustapha Saâdoun et ses compagnons Les combattants de la liberté, qui étaient le bras armé du Parti communiste algérien (PCA), avant qu’ils ne rejoignent les rangs de l’ALN dans la lutte de Libération du pays. La mort de Hamid Kechad est certainement due aux complications du diabète, il n’est cependant pas à exclure que la situation politique et sociale soit également, même si l’effet est indirect, pour quelque chose. Homme courageux, juste, généreux et désintéressé, il était aussi d’une sensibilité d’écorché vif : il n’a jamais oublié le calvaire qu’ont vécu des milliers de personnes aussi pauvres qu’anonymes pendant plus de dix ans, dans les campagnes auxquelles il rendait souvent visite malgré le danger permanent. Il ne put ainsi jamais accepter les termes de la concorde civile et de la réconciliation nationale tels que conçus et appliqués par le président Bouteflika et ses hommes. Il a de ce fait vécu la régression dans laquelle s’enfonce le pays comme un drame et cela se conjuguait aux complications de sa maladie. Avec le décès de Kechad, la presse algérienne perd non seulement un journaliste de terrain mais aussi un animateur d’une grande valeur et en plus, un homme qui, lorsque la situation l’exigeait, osait se mettre debout pour exprimer la position de principe qui s’impose.

A. Ancer http://www.elwatan.com/spip.php?page=article&id_article=83980

 

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J'étais le zéro et l'infini

Les hommages ont quelque chose de surfait. Ils sont d’un ronronnement diabolique. Alors on les évite. Mais parfois ils s’imposent à nous, comme une prière du soir à laquelle même les incroyants se plient les nuits de grande incertitude. Ils deviennent du coup nécessaires. Inévitables. Nécessaires, parce qu’ils prennent un sens qui transcende l’hommage en question. Inévitables, parce qu’ils nous questionnent sur ce qui fut et ce qui sera.
C’est un peu comme la mort de Hamid Kechad et de Redouane Osmane, quelques jours auparavant.
Peut-être moins pour Redouane Osmane qui, lui, était dans les luttes syndicales et politiques, où le vivier n’est pas totalement tari malgré les ruptures et les cassures.
Hamid Kechad, en s’en allant, a peut-être fermé derrière lui, sans vraiment le vouloir, les portes d’une époque. L’époque des médias que nous avons fantasmés durant de longues années. C’est en écoutant l’émission de Omar Zelig à la Chaîne III que cette interrogation a surgi. La disparition de cet homme est comme la fermeture d’un temps.

Qu’il n’y ait surtout pas de malentendus ! L’époque que j’évoque n’était pas en soi une époque formidable. Le parti unique n’est pas beau à vivre, ni à voir. Mais cette époque portait en elle quelque chose de beau. C’était notre capacité à rêver dans le cauchemar. A concevoir le présent comme autant de futurs possibles où le bonheur d’être ne serait jamais exclu. Nous ne rêvons plus, je crois. Nous subissons notre quotidien- comme une fatalité avec laquelle il faut slalomer pour éviter de la prendre en pleine figure. Cette époque, c’était celle de deux grands médias : Algérie Actualités et la Chaîne III.
C’étaient les années 80. A dix-sept ans, des médias, je ne connaissais pas encore grand-chose. D’ailleurs, il n’y avait pas grand-chose à connaître à cette époque-là. A part Algérie Actualités, un hebdomadaire de haute facture que je lisais de manière assidue, tous les autres journaux étaient d’une fadeur manifeste. Je trouvais, comme de nombreux lecteurs, mon bonheur dans les pages Culture et Société de cet hebdomadaire, même si les pages politiques restaient grossièrement fermées au débat. Algérie Actualités a été un hebdomadaire atypique où une réelle liberté de ton existait, même si cette liberté était plus ou moins tolérée par les puissants qui voulaient en faire une soupape de sécurité supplémentaire. Une vitrine annonçant une ouverture politique sous contrôle. Malgré cette liberté sous surveillance, ce journal, disparu aujourd’hui, grâce à des journalistes talentueux qui avaient réussi à assiéger sa rédaction, était devenu un îlot de réflexion qui nous permettait alors de nous poser de nouvelles questions sur nous-mêmes.
On se régalait des premiers reportages sur la musique rai, les jeunes, la sexualité, l’identité, la religion, tous les thèmes proscrits étaient abordés avec intelligence et finesse. La parole se libérait. Ferhat M’henni (chanteur d’expression berbérophone et militant des droits de l’Homme), Albert Cossery, Youcef Chahine, Bigeard ou Benhamza dit «Le rouquin», un ancien puissant officier de la sécurité militaire… chacun avait droit à son quart d’heure de gloire warholien dans ce journal.
Et moi, quand j’arrive, quasiment à la même époque, à la radio -il y avait une interconnexion entre Algérie Actualités et la Chaîne III-, je découvrais d’autres aberrations. Des chanteurs étaient interdits de diffusion, parmi eux : Enrico Macias (que tous les Algériens connaissaient par cœur), Salim Hallali, Lili Bouniche, Slimane Azem et la musique kabyle en règle générale, jugée subversive et contre-révolutionnaire… Je ne me souviens pas de toute la liste des disques interdits de diffusion, mais il y avait une belle panoplie. En fait la musique algérienne était interdite. C’est-à-dire l’âme d’un peuple.
J’ignorais aussi que des thèmes comme l’identité ou la sexualité étaient proscrits de nos pages. Je les découvre en temps réel comme une évidence qui tombe sous le sens, croyant qu’ils ont toujours existé avec la même fraîcheur dans les pages de ce journal et que seuls mon jeune âge, mon manque de maturité et d’intérêt pour les journaux, de manière générale, m’ont laissé dans une ignorance crasse durant les années précédentes. Et pourquoi la sexualité serait-elle un sujet tabou ? Et pourquoi l’identité serait-elle un thème délicat ? Et pourquoi ne pourrions-nous pas parler de la musique rai alors que tout le monde l’écoutait ? Pourquoi serait-il si inconcevable de parler de soi en fait et de ce que nous sommes réellement ? Dans la deuxième moitié des années 80, je ne connaissais pas la censure, du moins sa manifestation concrète dans un média, hormis celle que décrivaient les livres, bien sûr. De l’humiliation des hommes, broyés par la suprématie d’un parti ou d’un pouvoir tyrannique, je connaissais celle que racontaient le Zéro et l’Infini de Koestler et les terrifiants procès de Moscou. Je connaissais 1984 de George Orwell et d’autres classiques encore dans le même registre, restituant l’ignominie de la dictature. Mais ce n’étaient là que des classiques qui s’inscrivaient dans l’ordre fantasmé de la lecture et des temps à tout jamais révolus, pensais-je ; des classiques de la littérature qui, soit dit en passant, encore une incohérence, étaient souvent disponibles dans les quelques librairies d’Alger.
Koestler et Orwell n’avaient finalement rien inventé. Ils racontaient, dans leur génie infini, l’histoire de mon pays, même s’il n’était pas mentionné en tant que tel. Un pays où les pires procès politiques se tenaient à huis clos, un pays où des hommes sont torturés de la manière la plus ignoble, un pays où il existe une police politique épiant l’intelligence, la subversion culturelle et la dissidence dans les moindres petits espaces de la vie, un pays où la presse est sous contrôle permanent de la censure du parti. Je vivais à l’intérieur du Zéro et l’Infini. J’étais le zéro et l’infini.
Et non ! Ce n’était pas évident. Cet interdit, cette ignoble censure, ce fut des gens qui ont accepté de la transgresser. Ce sont des gens qui ont imposé cette façon de faire et d’être, en acceptant à chaque transgression d’être humiliés. Licenciés. Bannis comme des intouchables. Parmi ces gens qui ont imposé cela, qui ont ouvert leur micro et leur calepin à la parole des gens, il y avait Mohamed Ali Allalou, il y avait Aziz Smati, il y avait Luc Chaulet, il y avait aussi Hamid Kechad. Des hommes conciliants au-delà de la musique, dans une grande ouverture d’esprit, El Anka et Keith Jarret, Cheikh Mkaleche et Led Zeppelin, Cheb Khaled et Fella Kuti.
Hamid Kechad nous a lui aussi permis de rêver. Omar Zelig a raison de rappeler que notre liberté de dire aujourd’hui, nous la devons aussi à un homme comme Kechad. Ce n’est pas de la nostalgie. Ce n’est même pas un hommage que je veux lui rendre. C’est juste pour rappeler que dans ce qui reste de l’idée de la démocratie, il y a une généalogie. Elle porte des noms. Le dire paraît risible, aujourd’hui. Mais en fait pas tant que ça. Alors merci Monsieur Kechad. Merci de nous avoir permis de rêver d’être ce que nous sommes.
SAS
sidahsemiane@yahoo.fr

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Aziz Farès : « A chaque fois que je lui demandais ce qu’il cachait dans son couffin… »

Bel euphémisme ! Hamid Kechad s’est éteint ! Je préfère dire « il est mort » physiquement, concrètement, réellement. Mais sa lumière, qui illuminait notre route, continuera de nous éclairer. Que garder de lui » Son sourire, son air goguenard, son humour caustique, sa gentillesse ? A chaque fois que je lui demandais ce qu’il cachait dans son couffin, il répondait invariablement : « wallah wallou, ya Aziz, makene wallou ! ». Mais je savais qu’il transportait avec lui ses rêves, ses projets, son espoir, sa passion des autres, sa passion de la vie. Salut Hamid ! Va en paix !
 

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Toufik Elkheir : « Allah Ya Ramek Ya Hamid »
 

Cet article est dédié à notre cher et regretté frère Hamid qui nous a laissé un grand vide , toute la famille Elkheir de Douaouda et de Kolea prie Dieu pour toi " Ina lillah oua illiah rajioun " Allah Ya Ramek Ya Hamid

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Djaffar Kaci : « Il me disait toujours que le plus beau reste à venir...»
 
Hamid Kechad m'appellait affectueusement Djeff Beck, je n'ai d'ailleur jamais compris pourquoi. J’admirais tellement son talent et son sens de l'humour, sa manière de tourner tout en dérision...mais plus que tout son légendaire franc parler. Je suis vraiment content de l'avoir connu...moi qui a épousé cette extraordinaire famille de la chaine trois depuis 1992. Il aimait tellement la chaine trois...il me disait toujours que le plus beau reste à venir... Je revois encore cet inlassable professionnel, il restait des heures et des heures à faire son montage et le mixage des voix avec sa merveilleuse musique. Je le revois encore avec son éternelle compagne et le fameux couffin à la main, à l'époque il se moquait de mes vestes, il me disait qu'elle datait de l'an 40, je n'avait que ca à l'époque... Mais ce mois d'Août dernier, alors que j'étais de passage à la trois, il m'avait félicité pour ma tenue vestimentaire...il ma dit, «LÀ TU ES UN VRAI GENTELMEN» Hamid Kechad etait vrai, réel, pas une copie, non, c'était un monsieur qui passait son temps à cherchait ce que tout les artistes cherchent désespérément: la liberté. Vole HAMID, vole ....de la ou tu es , la liberté, est pour toi tout entière. Repose en paix Hamid...Tu nous manques déjà tellement...

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                         Hommage à Hamid Kechad

                                               "Des milliers de Safounettes pour toi"

J’ai connu Hamid Kechad à Alger républicain juste après sa réapparition en 2002. Je n’arrive toujours pas et ne veux pas croire qu’il ne soit plus là.

Donc je n’utiliserais pas l’imparfait pour parler de lui. Hamid est un homme bien. Il a des valeurs et des principes qui font que toutes les personnes qui le connaissent ont un grand respect pour lui. Il est honnête, simple, humble, vrai dans tous ce qu’il entreprend, il se bat pour sa liberté et celle des autres. Humaniste, il est prêt à vous soutenir dans des causes justes quitte à perdre tout...Sa devise ne jamais plier l’échine. Il fait souvent référence à ses parents quant il parle de son éducation " je suis le fils d’El Hadja Kheira et elle m’a toujours demandé d’aider au mieux ceux qui se trouvent en difficultés même si je devais mourir pour ça". Hamid ne supporte pas la Hogra et l’injustice. Il réagit violemment à la misère des gens. Il s’enflamme à cause de travailleurs licenciés, de grévistes sans emploi, d’entreprises publiques fermées et bradées, de citoyens assassinés, de femmes battues ou à cause des actes de déstabilisation menés par les Etats Unis contre Castro ou Chavez. Hamid adore la Radio et se donne à fond pour bien accomplir son travail. Il aime faire partager les belles choses : une chanson d’El Badji, un son de Goumbri, une histoire sur un Ksar, un livre de Noureddine Saoudi... A côté de la radio, Hamid travaille bénévolement au Journal Alger républicain " c’est un journal sans le sou, mais c’est le seul qui défend les travailleurs et les pauvres. C’est la voix des démunis et il est conséquent dans ses analyses" aime t-il répété à ceux qui se moquent de son engagement. Il a une façon spéciale de mener ses interviews ou d’écrire ses articles. Il a une méthode infaillible pour mettre à l’aise un chanteur c’est de le faire parler de sa maman et de lui demander de chanter pour elle. Hamid aime beaucoup avoir un livre entre les mains. Il aime lire. Parle de Lorca, Steinbeck et son préféré, Mishima. Sa phrase-fétiche est " Je rêve d’une fenêtre ouverte sur une mer calme et un vol d’hirondelle "Hamid Kechad tu es un homme comme il n’en existe plus.

Safia Ouareds

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Tag(s) : #ARCHIVES 2008

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