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Commentaire sur le documentaire d'Arté

 





Nos amis qui comptent regarder samedi soir sur Arté, le documentaire « Al Andalus… », sont priés de lire ce qui suit, s’ils le souhaitent, bien sûr.

Sommes-nous des tubes digestifs prêts à gober n’importe quoi?

La chaîne Arté rediffusera samedi prochain à 20h30 un documentaire intitulé « Al Andalus, l’Espagne et le temps des califes ». Les amateurs d’histoire apprécieront, certains « naïvement », ce cadeau empoisonné traitant d’un thème, encore largement ignoré des téléspectateurs lambdas, mais terriblement accrocheur. Nous pouvons à juste titre nous poser la question sur les intentions réelles et non avouées, des responsables de cette chaîne qui proposent généreusement trois rediffusions, fait si rarissime à la télévision qu’il faut le signaler.

 

Ceux, qui l’ont déjà vu, et qui plus est, sont amateurs d’histoire médiévale espagnole, savent que ce documentaire n’est en fait qu’une grossière broderie, truffée d’erreurs historiques et couronné d’une honteuse falsification de l’histoire d’al Andalus. C’est un documentaire dans lequel interviennent des américains présentés comme des« spécialistes » de cette histoire, alors qu’il est aisé de se rendre compte, que certains sont du même acabit que le tristement célèbre américain Bernard Lewis.

Tout le long du film, les esprits musulmans les plus féconds d’al Andalus, ainsi que tous leurs coreligionnaires qui ont honoré par leur proverbiale tolérance cette terre durant plusieurs siècles, passent pour quantité insignifiante, devant leurs compatriotes israélites, savants et bien sûr victimes. Entendons-nous bien, il n’est pas question ici de nier ou de passer sous silence l’apport des juifs dans le domaine du savoir médiéval, mais contrairement à ce qui ressort de ce film, leur nombre était insignifiant, comparativement à celui des musulmans dont l’importante communauté était, dès le haut Moyen Âge répartie à travers toute la péninsule ibérique, jusque dans le territoire qui allait devenir le Portugal à partir du XIème siècle. Ils n’étaient absents que dans les régions du nord (Asturies, Galice) occupées par les chrétiens. Les quelques rares savants musulmans cités, apparaissent donc comme une sorte de rocs isolés dans une plaine musulmane désertique peuplée de pauvres fanatiques ne rêvant que de sang et de pillage des biens d’innocents entreprenants juifs. L’exemple d’Ibn Rushd (1126-1198), l’Averroès des scolastiques latins, celui qui par ses célèbres commentaires, a fait connaître aux maîtres ès art le philosophe Aristote, est présenté comme un disciple du juif Maimonide (1138-1204) , alors que l’on sait qu’ils ne se sont jamais connus. Ibn Rushd était plus âgé que Maimonide qui, quelques années avant sa mort survenue à Fustat* (le Caire), a dit avoir entendu parler d’un philosophe cordouan auquel il fallait prêter attention pour ses riches commentaires aristotéliciens.Je rappelle également que les chroniqueurs du Moyen Âge indiquent que ce philosophe juif, originaire également de Cordoue, a eu un commentateur musulman, un certain at-Tabrizi, de toute évidence largement ignoré de ces « spécialistes ».


Par ailleurs, il faut se rappeler que les juifs d’al Andalus étaient arabes, par la culture. Ils étaient fondus dans ce que nous pourrions appeler la société arabe andalouse de l’époque, du fait même qu’ils en faisaient partie. Ils parlaient et écrivaient dans cette langue, or ils sont présentés comme dominant du haut de leur savoir les « pauvres musulmans andalous ». Si ce film aux prétentions didactiques, se limitait à cette présentation erronée, cela ne serait pas très gênant. Le problème est qu’il traite d’un pseudo évènement qualifié de pogrom, dont les auteurs sont les musulmans d’Espagne, bien entendu. Le comble, tenez-vous bien, c’est que les intervenants y voient dans ce dernier la cause majeure de la naissance de l’intolérance en al Andalus dont les musulmans auraient été les initiateurs. Voilà une façon éhontée de présenter l’histoire par l’invention d’un drame inconnu des historiens.


Qu’il y ait eu des aspérités dans la longue et pacifique cohabitation des différentes communautés d’al Andalus, lors des changements de dynasties (Almoravides, Almohades) par exemple ou pendant les périodes où les chrétiens menaçaient les territoires musulmans, est un fait d’une grande probabilité, mais inventer un événement et accuser les musulmans andalous, c’est fort de café. Que ces auteurs fournissent les références écrites d’où cette information est tirée, nous ne demandons pas mieux. E. Lévy Provençal, réputé comme étant le plus grand historien de l’Espagne musulmane ne l’a jamais mentionnée dans sa fabuleuse somme, connue sous le titre « l’Espagne Musulmane ». C’est également le cas de tous ceux qui ont suivi ses pas dans ce domaine.
Toutes les autres causes sérieuses connues sont balayées d’un revers de main avec l’impudique et volontaire oubli de rappeler que la Reconquista (dont parlent les historiens espagnols) a duré, non pas le temps d’un événement comme le laisse supposer les participants, mais près de 5 siècles, puisqu’il est admis qu’elle fut entamée au XIème siècle avec la prise de Tolède en 1085 par le roi de Castille Alphonse VI, avant de prendre fin le 2 janvier 1492 par la chute du royaume de Grenade.
Ils oublient de dire que le fanatisme chrétien, à imposer plusieurs statuts aux musulmans. Du statut d’hommes libres ils sont passés à celui de « Mudéjars » (de l’arabe mudajjan, possédé), pour finir en « nation morisque » pendant le bas moyen âge. Ces morisques dont l’immense drame commence à peine à être connu et seulement de quelques rares chercheurs en histoire. Ne parlons pas de l’Inquisition et de ses milliers de bûchers sur lesquels sont montés beaucoup de ces musulmans que l’on présente aujourd’hui comme les persécuteurs des juifs. Par pudeurs, ils auraient dû plutôt rappeler que ce sont les chrétiens espagnols qui ont cloué au pilori les juifs et que ce sont les chrétiens portugais alliés des Espagnols, qui ont qualifié les juifs convertis de « Marrane » qui voulait dire porc. Les musulmans leur ont bien au contraire ouvert les portes. Qui a accueilli les juifs exilés d’al Andalus si ce n’est les Maghrébins, les Orientaux dont les Ottomans. D’ailleurs, pour preuve, il existe bien une petite communauté de juifs à Istanbul, dont certains vieux rabbins parlent encore le « Ladino », un mélange d’hébreu, de vieux castillan et d’arabe andalou.
Alors que tous ces faits sont connus et rappelés par les historiens compétents et honnêtes, est-ce vraiment sérieux d’affirmer et d’écrire dans une présentation résumée du documentaire (voir plus bas copie d’article extrait du site indiqué): que ce n’est pas le fondamentalisme chrétien qui a fait disparaitre l’esprit de tolérance d’al Andalus, mais l’agressivité des musulmans pauvres qui s’attaquaient aux juifs andalous comme eux, parce qu’ils enviaient leur réussite économique et politique.

Les Musulmans vivent à nouveau une période sombre de leur histoire qui augure mal l’avenir. Alors que les attaques ne cessent de les viser (voile, minarets, burka, identité…), est-il raisonnable de renforcer cette lame de fond en soutenant la thèse qui les rend responsables d’un crime collectif, de surcroît inventé de toute pièce ? C’est entre autres ce que j’ai dit dans mon courrier au responsable de cette chaîne.
Les plus à plaindre sont, me semble-t-il, « les journaleux » qui cautionnent ce genre de billevesées. Et lorsque cela vient de l’unique chaîne dite culturelle, nous sommes comme, je l’ai dit plus haut, en droit de nous poser des questions si, derrière tout cela, les vases communiquant ne sont pas mis en action pour aider ceux qui cherchent à rendre encore plus fétide l’air que respirent les musulmans de France, d’autant que c’est déjà depuis un moment dans l’air du temps.

Disons, halte à la manipulation !

Rappelez-vous notre belle expression « FAQO ! ».

Réagissons en nous informons mutuellement, avec l’intelligence du cœur et de l’esprit, sans haine et sans passion.
* Fustat est la ville fondée par les Fatimides maghrébins, avant qu’elle ne devienne plus tard le Caire.

Amicalement

MS.

Lire aussi le résumé ci-dessous extrait du site dont voici l’adresse.
http://www.arte.tv/fr/programmes/242,day=1,week=16,year=2010.html

Tag(s) : #ARCHIVES 2010

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